Nietzsche pose à propos des chrétiens une question qui doit rester comme un aiguillon : « [ils] devraient me chanter de meilleurs chants, pour que j’apprenne à croire à leur rédempteur : ses disciples devraient m’apparaître davantage rachetés/libérés »1. Certes, mais il ne suffit pas de la conscience de devoir se coller un sourire de commande sur le visage, d’autant qu’on nous le reprochera encore davantage (comme un indice sectaire). Nous demandons l’aide du Saint Esprit pour que la joie de la résurrection soit vraiment présente en nous, même dans les larmes qui font aussi partie de la vie chrétienne.

A cette question d’un philosophe allemand, j’aimerais ajouter une remarque d’un autre philosophe allemand, Dietrich von Hildebrand. Il critique vivement (pendant le nazisme) à la fois le nazisme et le communisme, et pour une raison commune : l’être humain ne peut pas être réduit à sa matière (le racisme nazi étant une forme de biologisme). Hildebrand montre le monde que l’on bâtit si on croit à la destinée éternelle annoncée par le Christ : « Selon la vision chrétienne, chaque homme possède une âme immortelle, qui est destinée à la réception de la grâce et à une communauté éternelle avec Dieu, et qui pour cette raison a une valeur supérieure à tout le reste du monde. La destinée des États, des nations, des peuples comme tels est incomparablement moins importante que le salut éternel d’une seule âme immortelle »2.

Songeons à ce que la bonne nouvelle de la résurrection signifie pour nous personnellement, mais aussi au fait que cette bonne nouvelle change le monde. Notre contribution semble quelque peu banale quand nous parlons de « valeurs chrétiennes » détachées de leur source (des « valeurs » sans que Jésus-Christ doive être cité), visant à aménager le monde sur la base d’une gentillesse qui n’attire pas plus qu’elle ne dérange. Mais si nous voyons toute personne comme aimée par le Fils de Dieu jusqu’à la croix, et invitée à une « communauté éternelle avec Dieu », alors les conséquences changent la face du monde.

Chaque année, redisons-le avec la prière que cela se réalise plus profondément en nous : Joyeuses Pâques !

+ Charles Morerod

 

  • 1« Bessere Lieder müßten sie mir singen, daß ich an ihren Erlöser glauben lerne: erlöster müßten mir seine Jünger aussehen! » (Also sprach Zarathustra, Zweiter Teil, Von den Priestern).
  • 2« Nach der christlichen Auffassung besitzt jeder Mensch eine unsterbliche Seele, die zum Gefäß der Gnade und zur ewigen Gemeinschaft mit Gott bestimmt ist und die darum einen höheren Wert besitzt als alles übrige auf Erden. Das Schicksal von Staaten, Nationen, Völkern als solchen ist unvergleichlich weniger wichtig als das ewige Heil einer einzigen unsterblichen Seele. » (Dietrich von Hildebrand, Memoiren und Aufsätze gegen den Nationalsozialismus 1933-1938, Mit Alice von Hildebrand und Rudolf Ebneth herausgegeben von Ernst Wenisch, Mainz: Matthias-Grünewald-Verlag, 1994, p.331).