Mot de l’évêque

Le changement d’année ne suscite pas en moi d’émotion, au moins depuis la fin de mon adolescence. Par contre l’évolution du temps, de la société et de l’Église me touche beaucoup. Ce que disait Vatican II il y a 55 ans n’a cessé de prendre du relief : « Le genre humain vit aujourd’hui un âge nouveau de son histoire, caractérisé par des changements profonds et rapides qui s’étendent peu à peu à l’ensemble du globe. Provoqués par l’homme, par son intelligence et son activité créatrice, ils rejaillissent sur l’homme lui-même, sur ses jugements, sur ses désirs, individuels et collectifs, sur ses manières de penser et d’agir, tant à l’égard des choses qu’à l’égard de ses semblables. À tel point que l’on peut déjà parler d’une véritable métamorphose sociale et culturelle dont les effets se répercutent jusque sur la vie religieuse » (Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, Gaudium et spes, § 4.2).

Le temps s’était déjà accéléré depuis le 19ème siècle, et le mouvement s’est amplifié. L’accélération que remarquait Vatican II a augmenté très sensiblement. Pour ce qui nous concerne, il me semble que la pandémie nous met maintenant dans une situation que je pensais voir venir dans 10 ou 20 ans : elle occasionne à la fois des découvertes ou redécouvertes religieuses et un relatif éloignement (plus ou moins relatif mais aussi accéléré).

Je ne pense pas être le seul à trouver que nous sommes parfois pris dans un carcan trop lourd, bien que nous ne l’identifiions pas tous de la même manière… Cela a produit en moi une impatience qui fait bouger le couvercle de la marmite, parfois maladroitement (ce dont je suis désolé), et beaucoup d’entre vous voyez depuis quelques mois les mouvements du couvercle. Cela sera largement communiqué dans les mois qui viennent. En fait ce que je pressentais fin 2014, au terme de mes « Orientations et pistes pastorales » ne me semble plus devoir être renvoyé aux calendes grecques : « A terme il faudra trouver le moyen de réduire les structures à ce qui est vraiment nécessaire, pour que davantage de temps soit consacré à la mission, dans laquelle nous trouvons notre joie ! » (Désolé de me citer, je déteste ça, mais dans le fond si je ne le fais pas, personne ne le fera) La lenteur vient en partie de la nécessité de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : les « structures » ont cela de bon qu’elles nous permettent de nous rencontrer pour un discernement commun, et pour la joie d’être ensemble. Il reste que la lenteur ne peut masquer indéfiniment une urgence.

Il y a au terme de ces « pistes pastorales » ce qui en donne l’orientation : la joie. Cette joie ne vient pas de nous, mais de la présence du Seigneur. En observant ce qui amène des personnes à découvrir l’Église, je vois un élément fondamental et constant : la joie de la présence du Seigneur. Nous parlons de lui, mais en sa présence. Sans cette perception, il serait normal de partir. Le tournant de l’année est bien centré sur la présence du Seigneur : l’octave qui étend la fête de la Nativité jusqu’à la fête de la Mère de Dieu (montrant la plus grande « collaboration » humaine au mystère de cette Présence).

En fait de cadeau de passage, nous pouvons dire avec Pierre : « Ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche ! » (Actes des Apôtres, 3,6). C’est donc mon vœu pour vous.

+ Charles Morerod OP