Le geste blasphématoire d’un soldat israélien qui scandalise
Une collocation solidaire, le pari de l’association Lazare
Coin de ciel Hugo Savary – Une collocation solidaire, le pari de l’association Lazare. Rencontre avec les responsables de la structure fribourgeoise
Fauteuil Louis XIII, chaises de réfectoire, orgues ou prie-Dieu… Une brocante s’ouvre et une page d’histoire se tourne au couvent Sainte-Ursule, à Fribourg
Une brocante s’est tenue samedi au couvent Sainte-Ursule, qui a vendu ses meubles en vue de sa nouvelle occupation.
Il est à peine 8 h 30 ce samedi mais déjà une file s’étire devant le couvent Sainte-Ursule, à Fribourg. Il s’y déroule en effet un événement inédit: une brocante organisée par les Ursulines, qui ont vidé leur galetas et mis en vente de nombreux meubles en vue de la transformation de la maison (lire ci-après).
Le principe étant celui du premier arrivé premier servi, les visiteurs se hâtent de parcourir les pièces et couloirs où sont disposés les objets étiquetés, regroupés par thèmes. Des sièges de réfectoire aux chaises Louis XIII, des lourdes armoires aux statuettes, de véritables merveilles religieuses et profanes se révèlent à leurs yeux; certaines venant même d’Afrique, en lien avec une mission des sœurs au Tchad. Pour aiguiller les amateurs, une quinzaine de personnes portent des gilets fluo. Parmi elles, la supérieure générale Sœur Marie-Brigitte et l’économe générale Sœur Marianne, des amis de la communauté, ainsi que quatre ex-gardes suisses. Le tout pour une organisation «remarquable», salue une cliente potentielle.
«Il s’agit d’une grande étape, historique», remarque Sœur Marianne, mais sans nostalgie dit-elle, car «les sœurs se préparaient déjà depuis des années à ce que Sainte-Ursule se mue en autre chose. Pour nous c’est une évidence!» Et de se dire «heureuse de voir des acquéreurs qui mettront en valeur ces objets, pour qu’une part de nous perdure ailleurs».
Ce n’est pas Anna Nasi qui la contredira. La sexagénaire est venue pour «garder un petit souvenir du lieu», elle qui a travaillé à l’animation et au développement spirituel. Elle se réjouit de pouvoir faire perdurer un peu de cette histoire en acquérant ou en transmettant des objets. Dont ce héron de résine qu’elle compte offrir à sa belle-fille…
«C’est une part de l’histoire fribourgeoise! Plusieurs meubles nous rappellent le côté scolaire des Ursulines», relève également Dominique de Buman, ancien syndic de la ville de Fribourg et ancien conseiller national. En témoigne Laure-Christine Grandjean, responsable communication pour le diocèse de Lausanne, Genève, Fribourg, qui «cherche désespérément une chaise pour sa maman, qui a étudié ici». A défaut, elle trouvera son bonheur avec un plateau et un chandelier.
Si Dominique de Buman confie une pointe de nostalgie à voir plusieurs communautés religieuses confrontées aux mêmes problèmes, il se réjouit de l’intérêt du public. Lui-même repartira avec une lampe.
«C’est magnifique! Et c’est génial de pouvoir offrir une seconde vie à ce mobilier», glisse un trio venu d’Enney. Tandis que Jules, 11 ans, pianote sur un orgue ouvragé, Nathalie et Lucien hésitent à acquérir l’instrument ou… un prie-dieu.
Ce qui explique leur prix, qui peut grimper parfois jusqu’à 1500 francs. Tous les meubles ont d’ailleurs été recensés dès l’été 2024 et estimés par des experts, dont des représentants du Service des biens culturels (SBC) de l’Etat de Fribourg, relève la supérieure générale. Le SBC a demandé de conserver certains meubles, considérés comme faisant partie du patrimoine culturel fribourgeois. «Il ne s’agit pas toujours d’une valeur pécuniaire, mais aussi d’ancienneté ou d’exemplarité. Ce sont des témoins d’un pan de l’histoire», confirme Laurence Cesa, cheffe de service adjointe responsable recensement au SBC. Elle évoque un piano témoignant de la mission éducative des sœurs, formant les jeunes filles à la musique. Ou des tentures brodées au XVIIe par des Ursulines, «parmi les plus grandes broderies baroques d’Europe leur étant parvenues».
Et l’événement attire aussi des jeunes, motivés par l’aspect écologique de la brocante. A l’instar du musicien Pablo Rime, 28 ans, de Givisiez, qui estime tout en lorgnant une table que c’est «un peu la façon moderne de faire du shopping». Ou de cette jeune fille qui apprécie la qualité des objets, qu’elle n’aura ainsi «pas même besoin de rénover».
Au terme de la journée, les Ursulines se sont dites ravies de l’affluence et des ventes. Leur produit servira à couvrir les frais du déménagement de l’exposition sur l’histoire de la congrégation, qui sera relogée dans le Centre spirituel. Et à payer la rénovation de certains tableaux, précise la supérieure.
Si une grande part de meubles ont trouvé preneur, quelques-uns restent encore à acquérir. Une dernière possibilité pour ce faire aura lieu le week-end du 24 et 25 avril.
Pour la supérieure générale Sœur Marie-Brigitte Seeholzer, cette brocante est un cap symbolique: «C’est un lâcher-prise qui nous prépare à accueillir du neuf.»
Pour rappel (LL, 3.7.25), la congrégation souhaite louer 3400 m2 du bâti. Elle a entrepris des discussions avec une fondation en vue d’ouvrir des unités d’habitation pour seniors et lancé un appel pour des projets complémentaires de location.
Autre changement au sein du bâti, indique l’ex-garde suisse René Siffert: l’armurerie des gardes suisses située au 3e déménagera bientôt à la rue des Arsenaux, où sont situés les Grenadiers.
Der Papst wird zum Anti-Trump
Que vont devenir les temples vaudois délaissés après la fusion des paroisses? Interview de Philippe Leuba
RTSreligion – Depuis 100 ans, les papes se mobilisent contre la guerre
Les attaques de Donald Trump contre le pape font suite à une décennie de turbulences. Dix années de litiges avec Washington
Les critiques du président américain contre Léon XIV lundi étaient sans précédent et marquent un tournant dans le dialogue entre Washington et le Saint-Siège. Mais elles font suite à des années de dialogue difficile.
Donald Trump a qualifié Léon XIV de «faible face à la criminalité et lamentable en politique étrangère» dans un long message publié sur le réseau social Truth Social, dans la nuit de dimanche à lundi. «Je ne veux pas d’un pape qui pense qu’il est acceptable que l’Iran possède l’arme nucléaire», a écrit Donald Trump. Le président américain a fait entendre que les prises de position du pontife sur le conflit au Moyen-Orient étaient à l’origine de son agacement. «Je ne veux pas d’un pape qui critique le président des Etats-Unis», a ajouté l’ancien magnat de l’immobilier dans son message.
En janvier 2017, quand Donald Trump devient le 45e président des Etats-Unis, le pape François est assis sur le trône de Pierre depuis près de quatre ans. Le nouveau président est alors presbytérien – il deviendra évangélique (chrétien sans dénomination) en 2021. Les relations avec Rome sont déjà compliquées: dès février 2016, alors que Donald Trump faisait sa campagne sur la construction d’un mur à la frontière mexicaine pour empêcher l’afflux de migrants, le pape argentin s’était montré critique vis-à-vis du magnat de l’immobilier.
Dans l’avion qui le ramenait d’une visite au Mexique, François avait déclaré qu’on «ne peut pas être chrétien et penser uniquement à ériger des murs et non à créer des ponts». Donald Trump avait adressé au pontife une réponse cinglante, critiquant son positionnement «très politique» et un pape qui «ne comprend pas les problèmes» des Etats-Unis.
Après l’élection de Trump, les relations vont un temps s’apaiser. Quelques jours avant la première visite du président au Vatican le 24 mai 2017, François fait un geste d’ouverture, assurant qu’il y avait «toujours des portes qui ne sont pas fermées» avec lui et qu’il ne portait jamais «un jugement sur une personne sans l’écouter».
Cependant, au bilatéralisme de plus en plus systématique mis en œuvre par Washington, le pape a répondu pendant tout son pontificat par un appel au multilatéralisme. François s’opposait notamment à la méthode à employer pour résoudre le conflit israélo-palestinien, l’administration américaine ayant quasi exclusivement traité avec Israël. Le Vatican a aussi ouvertement regretté la décision de Donald Trump de quitter l’Accord de Paris de 2015 sur l’environnement, mais aussi le choix de retirer les Etats-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire en 2018.
En 2020, alors que la campagne électorale fait rage entre Joe Biden et Donald Trump, le secrétaire d’Etat de ce dernier, Mike Pompeo, provoque l’ire du Saint-Siège en s’immisçant dans le processus diplomatique ouvert par le Saint-Siège avec la Chine de Xi Jinping en 2018. La défaite de Donald Trump et l’élection de Joe Biden le 3 novembre 2020 mettent fin à ces tensions.
Lors de la campagne électorale suivante, le pape François est beaucoup plus prudent qu’en 2017, renvoyant dos à dos le positionnement «contre la vie» de la candidate démocrate Kamala Harris qui défend l’avortement et de Donald Trump qui veut expulser les migrants. «Qui est le moindre mal? Cette dame, ou ce monsieur? Je ne sais pas. Chacun, en conscience, pense et agit», affirme-t-il.
La réélection de Donald Trump, qui revient au pouvoir en janvier 2025, est accueillie courtoisement par le Saint-Siège. Pour ce nouveau mandat, le président américain a choisi un vice-président catholique, le converti J.D. Vance, mais aussi un secrétaire d’Etat catholique, Marco Rubio.
Alors que le début du mandat de Donald Trump est marqué par une politique anti-immigrés très assumée, avec notamment des expulsions massives, François, bien qu’affaibli par la maladie, décide de prendre position le 11 février 2025 dans une lettre adressée aux évêques américains. Il y dénonce une idéologie qui «impose la volonté des plus forts comme critère de vérité».
Alors que le vice-président J.D. Vance tente de défendre son gouvernement en mettant en avant l’existence d’un ordo amoris – ordre de l’amour qui supposerait qu’on prenne soin d’abord de ses proches – François lui répond que «le véritable ordo amoris à promouvoir est celui que nous découvrons en méditant constamment la parabole du Bon Samaritain, c’est-à-dire en méditant l’amour qui construit une fraternité ouverte à tous». Pendant cette période, le cardinal Robert Francis Prévost, futur Léon XIV, reposte plusieurs articles critiques vis-à-vis de J.D. Vance et de l’administration Trump sur son compte X.
L’élection de Léon XIV le 8 mai 2025 est accueillie triomphalement par Trump: «Félicitations au cardinal Robert Francis Prevost, qui vient juste d’être nommé pape. C’est un immense honneur de savoir qu’il est le tout premier pape américain.»
En décembre 2025, le pape confiera l’existence de rapports concrets avec les Américains pour assurer la paix au Liban. En 2026, les tentatives de médiation du Saint-Siège avec Washington échouent, notamment après l’enlèvement de Nicolas Maduro. Le 1er février, le pape s’inquiète publiquement des menaces proférées contre Cuba. Quelques semaines plus tard, le Saint-Siège décline l’invitation envoyée par Washington à participer au «Conseil de la paix», plaidant pour que ce soit les Nations Unies qui se penchent sur ces questions diplomatiques.
Les membres de la Conférence des évêques suisses (CES) ont affirmé mardi leur solidarité sans réserve avec la position «claire et sans équivoque» du pape Léon XIV face aux récentes déclarations du président américain Donald Trump.
«La guerre, la destruction et la relativisation de la vie humaine sont contraires à l’esprit de l’Evangile et à la mission de l’Eglise, qui est d’être l’avocate de la paix et de la réconciliation», affirment les évêques suisses dans leur communiqué.
Ces derniers jours, plusieurs évêques et abbés territoriaux de Suisse se sont déjà exprimés publiquement pour soutenir le message de paix du pape. Avec la déclaration d’aujourd’hui, la Conférence des évêques suisses adresse désormais un message commun et unanime: «L’Eglise peut et doit faire entendre sa voix lorsque la dignité de l’homme, la paix et la vie humaine elle-même sont remises en question.»
Les évêques suisses encouragent «les fidèles et toutes les personnes de bonne volonté à accueillir et à transmettre les appels à la paix du pape Léon XIV par la prière, par leurs actions personnelles et par leur engagement social.»
Passés au crible des normes anti-incendie. Les édifices religieux fribourgeois sont sous contrôle
Le drame de Crans-Montana pose la question de la sécurité incendie dans les églises fribourgeoises. Les acteurs du domaine sont sereins.
Le drame de Crans-Montana a mis en lumière les potentielles lacunes de la sécurité anti-incendie dans les établissements publics. Cette problématique touche aussi les édifices religieux. Les églises valaisannes se sont vu rappeler des normes anti-incendie drastiques juste avant les cérémonies de Pâques. Certains chargés de sécurité communaux allant jusqu’à demander la restriction de la capacité d’accueil dans certaines églises, comme le révélait Le Nouvelliste dans son édition du 3 avril. Comment se passe la gestion anti-incendie dans les lieux de culte fribourgeois? Les acteurs responsables de ces aspects sécuritaires sont sereins.
A l’Etablissement cantonal fribourgeois d’assurance des bâtiments (ECAB) vers lequel les situations les plus délicates pourraient remonter, le chargé de communication Yves-Laurent Blanc affirme n’avoir pas connaissance de problèmes particuliers: «Selon les quelques retours que j’ai pu avoir, nous n’avons pas reçu à l’ECAB d’«alertes» à proprement parler à la suite de Crans-Montana; tout au plus quelques demandes de la part de paroisses.»
Aucune attention particulière n’a été mise sur les édifices religieux depuis le drame. «Le risque concerne avant tout les situations où un grand nombre de personnes est réuni dans un espace donné, notamment lors d’événements ponctuels tels que des cérémonies ou des fêtes religieuses.»
Et de rappeler que la sécurité lors de manifestations à forte affluence relève en premier lieu de la responsabilité des organisateurs, en étroite collaboration avec les autorités locales compétentes. En ville de Fribourg, l’inspectorat du feu n’a pas constaté de situation qui posait problème, selon le porte-parole de la capitale Alexandre Brodard.
«La seule intervention qui a été menée depuis Crans-Montana concerne la cathédrale», précise-t-il, où de petits ajustements ont été faits. «Il est impossible d’appliquer des normes datant de 2015 à des bâtiments construits au Moyen Age», relève toutefois Alexandre Brodard.
Ce que confirme Stanislas Rück, chef du Service des biens culturels du canton de Fribourg. «Je n’ai pas senti de pression particulière sur le patrimoine religieux depuis le début de l’année, précise-t-il. Il faut toujours trouver des solutions spécifiques pour concilier sécurité et protection du patrimoine, mais en mettant des spécialistes et des artisans autour d’une table, c’est possible. Cela renchérit effectivement les travaux pour les propriétaires des édifices, mais en principe, on finit toujours par y arriver.»
Il est aussi prévu de mettre en place des mesures compensatoires. «On a par exemple installé un système de détection anti-incendie dans la cathédrale. Et pour l’accès à sa tour, on a dû tourner le sens d’ouverture des portes, mais cela avait déjà été fait avant le drame de Crans-Montana.»
Et ce thème de la sécurité est présent dans tous les projets de rénovation d’édifices patrimoniaux. «C’était déjà une contrainte importante lors de la restauration de l’Hôtel cantonal et de l’abbaye d’Hauterive. Pour tout projet important, il y a un responsable de la sécurité.»
Yves-Laurent Blanc abonde: «De nombreux biens religieux ont été érigés bien avant l’apparition des premières normes de protection incendie et sont pour beaucoup inscrits à l’inventaire des biens culturels protégés. Aujourd’hui, il faut trouver le juste équilibre entre sécurité et préservation du patrimoine. Cela se traduit par des solutions proportionnées selon une pesée des intérêts entre des normes qui peuvent parfois être divergentes (sécurité incendie versus protection du patrimoine historique). Dans ce cas ce sont les autorités communales ou préfectorales qui ont la compétence de procéder, dans chaque cas, à cette pesée d’intérêts et de prononcer les éventuelles mesures applicables.»
L’ECAB joue un rôle de spécialiste, en appui des autorités. En ce qui concerne plus précisément la cathédrale, il précise: «C’est un édifice vieux de plus de 700 ans et, à ce titre, il ne peut pas répondre en tout point aux normes actuelles applicables aux constructions modernes. Elle fait l’objet d’un suivi particulier par la ville et l’ECAB.» Des mesures complémentaires ont, par exemple, été prises notamment en matière de détection incendie et de moyens d’extinction, et un dispositif facilitant l’intervention des sapeurs-pompiers a été aménagé.
Yves-Laurent Blanc rappelle encore que les risques peuvent aussi concerner les petits édifices religieux, surtout si la capacité d’accueil est élevée par rapport aux issues de secours disponibles. Il évoque ainsi la présence de «sources d’activation de feu» comme des bougies, ou encore des installations électriques anciennes. Sans oublier que le comportement des personnes présentes lors d’un incendie est un élément qui est difficile à anticiper, et qui peut parfois empêcher «une évacuation rapide et ordonnée».
Enfin, il résume: «La prévention repose donc sur une gestion adaptée des flux de personnes, le respect des règles de sécurité en vigueur, et la sensibilisation des personnes aux bons comportements à adopter lors de rassemblements.»
Voyage de Léon XIV au Cameroun : « C’est une joie d’être parmi vous dans cette région meurtrie »
Voyage de Léon XIV au Cameroun : « C’est une joie d’être parmi vous dans cette région meurtrie »
Au cœur du Nord-Ouest camerounais, marqué par près de dix ans de violences, Léon XIV s’est rendu à Bamenda, jeudi 16 avril 2026. Après un bain de foule, le pape a choisi de mettre en avant les acteurs locaux qui tentent d’ouvrir un chemin de dialogue.
Par Mikael Corre, envoyé spécial à Bamenda (Cameroun)
En haut de l’escalator à l’arrêt, dans le hall de l’aéroport de Yaoundé, deux évêques camerounais patientent avant d’embarquer. L’un s’exprime en français, Mgr Philippe Alain Mbarga, évêque d’Ebolowa. L’autre en anglais, Mgr Aloysius Fondong Abangalo, évêque de Mamfe. À eux deux, ils illustrent la fracture la plus sensible du Cameroun contemporain : entre espaces francophone et anglophone. Dans le terminal climatisé, les deux hommes posent l’enjeu de cette étape du voyage du pape. « La violence n’est jamais la solution, seul le dialogue l’est », glisse l’évêque anglophone. Mgr Mbarga insiste sur la nécessité de retrouver « l’unité » au-delà des langues et des appartenances tribales. À travers leurs mots affleure la même réalité : celle d’un Nord-Ouest meurtri, l’un des épicentres de la crise anglophone qui oppose, depuis 2016, groupes séparatistes armés – eux revendiquent la reconnaissance d’un territoire autonome, l’Ambazonie – et forces gouvernementales. Le conflit a fait des milliers de morts et près de 500 000 déplacés.
Les deux évêques en rappellent aussi l’arrière-plan : dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, issues de l’ancien Cameroun britannique, beaucoup d’anglophones dénoncent leur marginalisation dans un État dominé par la culture politique francophone. Les mobilisations d’enseignants et d’avocats anglophones, en 2016, ont basculé dans un cycle de violences jamais refermé. Reste, disent-ils, ce mince signe : pour la venue du pape, les belligérants ont annoncé qu’« il n’y aura pas d’armes » ni de blocus durant trois jours.
« C’est énorme »
À Bamenda, bien avant l’arrivée du pape, la ville vibre déjà. Le long des routes qui montent vers la cathédrale Saint-Joseph, la foule s’est serrée, compacte, impatiente. Ça parle fort, ça rit, ça chante. Et surtout, ça sonne. Un xylophone en bois, large, donne le rythme – un son mat, régulier. Par-dessus, les klaxons, stridents, désordonnés. Puis les « youyous », aigus, lancés par des groupes de femmes. Les robes sont éclatantes, souvent cousues mains et parfois frappées du visage de Léon XIV. À l’entrée de la cathédrale, des pancartes se lèvent au-dessus des têtes, tenues à bout de bras : « Welcome Messenger of Peace », « Together for Peace and Reconciliation. » Bernadette Lematsita se déhanche, vêtue de blanc et de bleu. Elle vient de Bali, un village voisin. Elle parle sans détour, la voix couverte par le bruit : « La venue du pape, c’est énorme, énorme, énorme. » Elle marque une pause, puis ajoute, plus grave : « Nous avons besoin de paix. Nous ne voulons plus voir de corps dans la rue. »
Dans la cathédrale, l’air est lourd, les bancs sont pleins. L’archevêque de Bamenda, Mgr Andrew Nkea Fuanya, se lève et gagne la tribune. Il dit la fatigue d’un peuple : écoles fermées, familles déplacées. « Notre terre a bu le sang de ses enfants », lâche-t-il. Puis : « Même si le Saint-Père ne disait rien aujourd’hui, sa présence est déjà une présence qui console. » Le pape l’écoute, immobile. « Maintenant, c’est le temps de la paix », lance l’archevêque. Et il précise : « Il n’y a pas de paix catholique, pas de paix musulmane, pas de paix protestante. La paix est la paix. » Avant le pape, un chef traditionnel, un responsable protestant, un imam, une religieuse et une famille de déplacés se succèdent à la tribune. Tous disent la même urgence. « C’est une joie pour moi d’être parmi vous dans cette région meurtrie », répond Léon XIV.
Les seigneurs de guerre
Sans désigner de coupables, il met en avant ce qui rapproche. « La crise (…) a rapproché plus que jamais les communautés chrétiennes et musulmanes », souligne-t-il. Puis il élargit son propos : « Les seigneurs de la guerre font semblant de l’ignorer, mais il suffit d’un instant pour détruire, alors qu’une vie entière ne suffit souvent pas pour reconstruire. » Aux Camerounais : « Ceux qui dépouillent votre terre investissent une grande partie des profits dans les armes », alimentant « une spirale de mort sans fin ». « C’est un monde à l’envers », tranche le pape, d’une voix rarement aussi forte, appelant à une « conversion » vers « la fraternité humaine ». « Le monde est détruit par quelques dominateurs et maintenu par une multitude de frères et sœurs solidaires », insiste-t-il. À Bamenda, ce jeudi, Léon ne se pose pas en médiateur extérieur. Il donne à voir, plutôt, les artisans locaux. Sur le parvis, à sa sortie, avant la célébration de la messe à l’aéroport, sept colombes sont libérées. Elles s’élèvent au-dessus de la ville, dans un ciel à la couleur incertaine.
La suite du voyage de Léon en Afrique
Régularisation des migrants: le gouvernement espagnol appelle à écouter l’Église
Régularisation des migrants: le gouvernement espagnol appelle à écouter l’Église
Alors que les partis d’oppositions s’efforcent d’empêcher le gouvernement espagnol de régulariser près d’un demi-million d’immigrés, ce dernier a appelé à «écouter l’Église» sur ce sujet. Les évêques ainsi que les organisations catholiques se sont en effet réjouies d’une mesure de «reconnaissance de la dignité humaine».
Raphaël Zbinden
Le président du gouvernement, Pedro Sánchez, a défendu, le 14 avril 2026, la régularisation des immigrés en situation irrégulière qui devra prochainement être approuvée par le Conseil des ministres, rapporte le média Vida Nueva Digital. Un décret qui suscite l’ire des partis d’opposition, en particulier du Parti populaire (PP-centre droit) et de Vox (droite conservatrice). La vice-secrétaire à la coordination sectorielle du PP, Alma Ezcurra, a averti que son parti utiliserait tous les instruments politiques, parlementaires et juridiques au niveau national ou européen contre la régularisation prévue de 500’000 immigrés.
Une reconnaissance de la dignité humaine
Pedro Sanchez a demandé au PP de faire preuve de cohérence, en rappelant que le parti avait par le passé lui aussi régularisé des immigrés. Mais le chef de gouvernement a également appelé l’opposition à «écouter l’Église». Une adresse inhabituelle venant d’un politicien progressiste et laïc. Les relations entre le gouvernement socialiste actuel, bien que cordiales au niveau institutionnel, ont aussi pu être conflictuelles sur le plan politique et moral. Des tensions sont apparues par le passé sur des sujets tels que l’euthanasie, l’avortement, les droits des personnes LGBTQ+ ou encore la gestion des biens de l’Église. Mais les deux institutions ont des positions proches sur d’autres sujets comme celui de l’immigration. Des organisations ecclésiales en Espagne se sont publiquement félicitées du projet de régularisation. En janvier 2026, alors que le Conseil des ministres entamait la procédure, Luis Argüello, président de la Conférence épiscopale, a diffusé un message vidéo dans lequel il reconnaissait que le décret «vient résoudre une situation qui, dans tant de communes d’Espagne, s’avérait déjà extrêmement difficile». Après tout, nous sommes face à «des personnes qui travaillent, qui ont recours aux services publics et sociaux, qui fréquentent les écoles, et qui se heurtent à ce mur que constitue l’absence de légalisation», poursuivait l’archevêque de Valladolid. Il s’agit pour ce dernier «d’une reconnaissance de la dignité humaine, d’une occasion de collaborer au bien commun».
Des immigrés qui participent à la prospérité du pays
Dans un communiqué conjoint, le Réseau des entités pour le développement solidaire (REDES), la Conférence espagnole des religieux (CONFER), Caritas et le Département des migrations de la Conférence épiscopale espagnole (CEE) ont également salué cette mesure. Elle constitue «un acte de justice sociale et de reconnaissance envers tant de migrants qui, par leur travail, contribuent depuis longtemps au développement de notre pays, même si cela implique de les maintenir en situation irrégulière». L’Église soutient en outre depuis longtemps l’Initiative législative populaire (ILP). Lancée dès 2023, en grande partie par des organismes ecclésiastiques, elle promeut une régularisation extraordinaire des immigrés reposant sur des bases plus solides et plus durables. L’initiative a recueilli 600’000 signatures. Elle a été admise à la procédure parlementaire (avec l’appui de plusieurs partis, y compris le PP à ce stade), mais a ensuite été bloquée. Face à ce blocage, le gouvernement de Pedro Sánchez a choisi une autre voie, en lançant en janvier 2026 une régularisation extraordinaire par décret. (cath.ch/vidanuevadigital/ag/arch/rz)
Guerre au Liban : comment le patrimoine culturel sert de cible stratégique (ce qui pourrait être qualifié de crime de guerre)
A Tyr et dans d’autres sites du Moyen Orient inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco, les bombes ne détruisent pas que des bâtiments, elles attaquent une « civilisation », en dépit du droit international
Cathy Dogon
Au Liban, 39 sites culturels ont été mis en urgence sur la liste de protection renforcée de l’Unesco le 1er avril dernier. Le droit international prévoit plusieurs statuts comme celui-ci. Leur violation peut entraîner des poursuites devant la Cour pénale internationale, notamment pour crime de guerre. Au total, ce sont 400 monuments historiques et lieux emblématiques qui sont ainsi classés dans les 18 pays aujourd’hui affectés par le conflit au Moyen-Orient.
Viser les lieux de cultes actifs
Selon Joanne Bajjaly, archéologue et fondatrice de l’association libanaise de protection du patrimoine Biladi, les attaques du patrimoine relève de la stratégie d’Israël. Plutôt que de viser de grands lieux touristiques, victimes jusqu’ici seulement de dégâts collatéraux, l’armée «détruirait massivement» des monuments culturels «vivants», c’est-à-dire utilisés par la population locale quotidiennement. Ce qui constitue une atteinte à une civilisation et n’est pas sans rappeler le post rédigé par Donald Trump le 7 avril dernier sur son réseau social Truth Social à propos de la population iranienne. Il écrivait: «Une civilisation entière va mourir ce soir.» Alexandra Xanthaki, rapporteure de l’ONU sur les biens culturels, insiste sur les conséquences de tels agissements à long terme: «La destruction de sites avec un intérêt culturel relève de l’attaque de l’identité d’un groupe et menace sa capacité de transmettre sa culture et son histoire aux générations futures».
La grande solitude des juifs face à Israël
La grande solitude des juifs face à Israël
ÉDITORIAL. Entre deux trêves, comme celle de dix jours conclue jeudi soir avec le Liban, Israël poursuit une politique toujours plus violente. Les Israéliens ne s’y opposent qu’en ordre dispersé. Quant aux juifs qui désapprouvent Israël, pris à partie, ils se sentent bien seuls
Aline Jaccottet
Au Cully Jazz, mercredi soir. Croisée dans la foule, une amie juive qui s’apprête à écouter un somptueux concert de luth arabe s’exclame soudain, alors que nous parlons du Moyen-Orient: «Les valeurs du judaïsme sont dévoyées par le gouvernement israélien. Et nous, on se sent tellement seuls!» La solitude. Depuis le 7 octobre 2023, elle est la compagne de tous ceux qui se sentent trahis par les crimes qu’Israël a commis pour répondre à ceux du Hamas. Trahis, parce qu’ils aimaient Israël, et qu’ils en espéraient autre chose. Certes, l’histoire était douloureuse; les ombres, souvent plus grandes que la lumière. Mais il restait des espaces où quelque chose rayonnait, parce qu’il restait des hommes et des femmes conscients d’une vérité: un jour, il faudra vivre et non mourir ensemble.
Nous devons délivrer les juifs de leur double peine
Cette solitude, elle a envahi l’âme des Israéliens qui ne refusent pas de voir ce que devient leur pays, et qui n’aiment pas ce qu’ils voient. Ils existent, mais on ne parle quasiment jamais d’eux: leur sort est noyé dans les tragédies des victimes d’Israël. Il règne aussi une certaine cacophonie dans ce pays, qui compte à peu près autant de raisons de protester que de profils de protestataires. Les faire marcher tous ensemble? Impossible. Mais les juifs, dont la plupart vivent hors d’Israël, se sentent plus seuls encore. Parce qu’on les somme de se justifier. Après tout, cet Etat se revendique bien comme juif, on dit qu’il a été établi pour eux; n’éprouvent-ils pas, en retour, une certaine allégeance à son égard? A cette insinuation de duplicité qui marque toute l’histoire de l’antisémitisme s’ajoute le fardeau de devoir s’expliquer sur les crimes commis par Israël. Cette double peine, c’est notre devoir de les en délivrer. Parce qu’ils n’en sont pas responsables. Un point, c’est tout. Et dans ce geste, nous délivrerons aussi le judaïsme lui-même. Ce judaïsme immense à qui l’on doit cette phrase fondatrice pour l’humanité: «Tu aimeras ton prochain comme toi-même.»
Une guerre au nom de Dieu ? L’inquiétante « guerre sainte » de Pete Hegseth
Une guerre au nom de Dieu ? L’inquiétante « guerre sainte » de Pete Hegseth
Depuis le début de la guerre avec l’Iran, le secrétaire américain à la Défense multiplie les références bibliques. Évangélique calviniste, il a un tatouage « Deus Vult» sur le bras, la formule des guerriers chrétiens lors des croisades.
Adriana Stimoli
Depuis le début de la guerre en Iran, Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, ne cesse de parler de Lui. Non pas de lui-même ni du président Trump, mais de Dieu. Sa rhétorique est sans ambiguïté: l’attaque américaine sur l’Iran serait une guerre spirituelle. Un discours qui évoque une fusion entre pouvoir militaire et ferveur religieuse, s’inquiète la presse internationale. L’épisode le plus marquant, rapporté par «The Atlantic», s’est déroulé le 25 mars dernier, lors d’un service chrétien organisé au Pentagone. Pete Hegseth y a invoqué un psaume dans lequel le roi David affirme qu’il n’arrêtera pas tant que ses ennemis ne seront pas «anéantis». Comme le souligne le magazine, «l’accent de ses propos portait moins sur la justesse du camp [américain] dans ce conflit que sur la nécessité d’infliger sans pitié vengeance et souffrance à l’adversaire».
Une prière au Pentagone
Le secrétaire à la Défense a ensuite lu une prière rédigée par un aumônier, inspirée de psaumes dits «imprécatoires», ces textes bibliques qui demandent à Dieu d’agir contre ceux jugés sans pitié. Hegseth a ainsi prié pour que «chaque tir atteigne sa cible contre les ennemis de la justice». Il a demandé à Dieu de «déverser sa colère sur ceux qui complotent en vain et de les disperser comme la paille au vent». Il a enfin supplié le Tout-Puissant d’agir pour que «le mal recule et que les âmes mauvaises soient envoyées à la damnation éternelle». Le journaliste Peter Wehner, auteur de l’article dans «The Atlantic», analyse: «Pour être clair, le secrétaire à la Défense Hegseth prie pour une «violence écrasante» et «aucune pitié», au «nom puissant de Jésus-Christ. Selon «The Guardian», la prière était si choquante qu’elle aurait provoqué une réprimande directe du pape Léon, qui a déclaré lors de son sermon du dimanche des Rameaux que Dieu ignore les prières de ceux dont «les mains sont pleines de sang» à cause de la guerre.
Hegseth, évangélique calviniste
Mais Hegseth ne risque pas de s’offusquer de ces mots. L’ancien présentateur de Fox News appartient à une branche du christianisme évangélique profondément calviniste. Un courant qui rejette l’autorité du pape et se fonde sur la croyance en la «prédestination». Un détail biographique en dit long sur ses convictions, note le média britannique. Pete Hegseth porte sur le biceps droit un tatouage en latin: «Deus Vult», «Dieu le veut». Une formule qui aurait été le cri de ralliement des guerriers chrétiens lors des croisades de 1095.
Synodalité 2.0 : le synode qui réinvente l’Église
Colère de Trump : La cheffe de l’Église anglicane salue « l’appel courageux du pape »
L’archevêque de Canterbury, Sarah Mullally, a indiqué rejoindre son «frère» Léon XIV dans son appel à la paix.
Par AFP – Publié en ligne le 16.04.2026
LE COURRIER- «BRISER LES CHAÎNES DE LA CORRUPTION» (Léon XIV)
LE COURRIER – JD Vance recadré sur «la guerre juste»
LE COURRIER – ÉDITO – TRUMP EN JÉSUS, L’OUTRANCE DE TROP?
LE COURRIER – ÉDITO TRUMP EN JÉSUS, L’OUTRANCE DE TROP?
Dominique Hartmann – édition 17.04-26 p.1
Le visage empreint d’une compassion qu’on ne lui connaît guère, Donald Trump est apparu dimanche dernier sur son réseau social en Jésus penché au chevet d’un homme blessé. L’image a été retirée lundi matin à la suite des réactions choquées de soutiens fidèles du président étasunien. L’écart de trop pour une partie de son électorat?
Si les chrétien·nes nationalistes auront pu trouver leur compte dans cette vignette qui allie référence biblique, soldats et drapeau américain, nombre d’autres s’en sont clairement désolidarisé·es. Pour l’ex-élue trumpiste Marjorie Taylor Greene (en rupture avec le président), la publication «est plus qu’un blasphème. C’est un esprit antéchrist», écrit-elle sur le réseau X. D’après la tradition chrétienne, l’Antéchrist est cet imposteur qui apparaît à la fin des temps, contrefaisant le visage du Christ.
Dans une guerre qui s’écrit comme une épopée messianique, les symboles comptent. Pour le ministre de la défense Pete Hegseth, évangélique extrême qui se voit en croisé des temps modernes, la guerre contre l’Iran est un Armageddon qui préfigure le retour du Christ. Porté au pouvoir par le vote des évangéliques, Trump a peut-être, sans même s’en douter, convoqué une figure susceptible de nourrir la défiance exprimée envers le conflit jusqu’au sein de sa base MAGA (Make America Great Again).
La publication de Donald Trump a suivi de peu la violente charge que celui-ci a émise contre le pape Léon XIV, qui avait jugé «inacceptable» la menace américaine d’«anéantir la civilisation iranienne». Le pontife, qui dénonçait déjà l’offensive de l’administration Trump contre l’immigration illégale et l’intervention étasunienne au Venezuela, a été jugé «nul en politique étrangère» et «faible» en matière de lutte contre la criminalité. Aussi bien la hiérarchie catholique américaine qu’un nombre significatif des soutiens de Donald Trump ont vigoureusement protesté contre les déclarations du président. En 2024, 54% des catholiques avaient voté pour lui.
Alors que son ascendant sur son camp était déjà fragilisé, notamment par sa gestion du dossier Epstein, et sa cote de popularité au plus bas, le président pouvait-il se permettre de heurter les convictions religieuses intimes de ses électeurs et électrices? Le résultat des midterms reposera la question en novembre.
■ (Edition du 17.04.2026 p.1)
TRIBUNE DE GENEVE – Clap de fin pour l’atelier couture de Caritas
Recyclage et réemploi La structure a permis de former et de réinsérer professionnellement sept personnes. Mais elle n’est pas viable.
Aurélie Toninato P. 6
Clap de fin pour l’atelier couture de Caritas. Lancée en 2020 à Plan-les-Ouates avec l’ambition de conjuguer revalorisation textile et réinsertion sociale, la structure n’est pas parvenue à l’équilibre financier. Elle emploie trois salariés et disparaîtra le 31 juillet prochain. La boutique L’Upcyclerie à la rue des Bains, espace de vente des créations, a déjà fermé début avril.
À l’origine, le projet d’atelier couture, couplé à la création d’une menuiserie, a été créé pour revaloriser et «sublimer» les dons – 40% des 1200 tonnes d’objets et de textiles donnés à Caritas ne peuvent pas être vendus en l’état – tout en offrant des emplois de réinsertion. «À cela s’ajoute un objectif entrepreneurial, soit la création d’une microentreprise pour financer en partie notre action sociale», ajoute Sophie Buchs, directrice de Caritas.
Dans la foulée, la marque L’Upcyclerie voit le jour. Malgré la production de 4000 pièces en trois ans, la réalité du marché finit par rattraper les idéaux. La complexité du modèle économique et la valeur du service vendu n’ont pas permis d’en assurer la viabilité, explique la directrice. «Nous nous sommes rendu compte qu’il est extrêmement difficile d’atteindre la clientèle prête à investir dans ces pièces responsables (ndlr: dont le prix est plutôt élevé). La fermeture de l’atelier couture est une décision financière qui ne remet nullement en cause la qualité du travail effectué.»
Plusieurs pistes ont été étudiées pour sauver le projet, comme un recentrage sur les mandats privés. «Mais les prix acceptés par les entreprises, même celles engagées socialement, ne nous permettaient pas de payer l’entier de nos charges.» Cela aurait en outre nécessité des investissements dans de nouvelles machines et, surtout, l’achat de matières premières, en contradiction avec la logique de réemploi.
Pour Sophie Buchs, cette fermeture révèle un décalage structurel. Produire localement face à une industrie textile mondialisée «dépasse le périmètre d’une association». Plus largement, elle relève les difficultés économiques que rencontrent les initiatives sociales et solidaires «pour lesquelles les soutiens publics sont insuffisants».
Au total, trois personnes auront été formées à l’atelier couture (AFP ou CFC), quatre accompagnées en réinsertion professionnelle et quelque 35 mandats réalisés depuis 2023, dont des uniformes pour le Geneva Marriott Hotel, Genève Tourisme et une collaboration avec le groupe grenat. Caritas conserve son arcade de la rue des Bains, qui hébergera ponctuellement des ventes éphémères.
L’atelier bois, lui, a trouvé son public et l’équilibre financier. L’Upcyclerie poursuit donc son activité en se focalisant sur ce domaine. «Le prix de l’artisanat est mieux accepté pour le mobilier que pour le textile», analyse Sophie Buchs. Jusqu’à présent, ce pôle a permis de former une personne et d’en réinsérer professionnellement cinq autres. Dix-huit mandats ont été réalisés depuis 2023 et 3000 m d’aménagement ont été créés, dont un pour un service des Hôpitaux universitaires de Genève.
Le pape Léon XIV est arrivé au Cameroun, deuxième étape de sa tournée en Afrique
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